CONCERNANT LA CHARTE DES VALEURS

Le débat actuel sur la charte des valeurs est à l’antipode, et je choisi ce mot avec soin, de ce qui aurait pu se passer en Allemagne nazi ou au sein de toute autre société xénophobe.

Nous assistons en ce moment à un débat de société d’une incroyable richesse. Des points de vue inédits s’expriment et des désaccords innovent dans toutes les directions. En contraste, le ROC demeure muet sur le sens et la portée du multiculturalisme, au point où je suis convaincu qu’il s’agit là d’une grande lâcheté doublée d’hypocrisie. Comment l’Ontario par exemple, a pu envisager, ne serait-ce qu’une seconde, d’autoriser l’application de la Charia pour ses populations musulmanes. Il s’agissait là d’une forme déguisée de racisme; en effet, on s’en fout si ces « barbares » ont des lois incompatibles avec les droits avérés de notre population. Le multiculturalisme « ghettoïse » légalement les minorités. Au contraire, au Québec, on souhaite intégrer les immigrants au sein de notre culture et de notre langue et on réfléchi intensément aux moyens et aux conséquences.

J’enjoins le lecteur à lire ce que Guy Rocher dit de cette charte. « …cette laïcisation (celle de la révolution tranquille) apparut alors comme une exigence de l’accessibilité de tous et toutes à l’éducation. Cette accessibilité générale, elle est au cœur de la réforme en cours, elle en était l’objectif primordial. Ainsi, laïcité et accessibilité ont été étroitement liées, la première s’imposant comme une condition de la seconde, dans une société acceptant la diversité. …des religieuses et des religieux qui, pour respecter la diversité des élèves et des parents, pour favoriser en même temps l’accessibilité, se départaient de leurs costumes religieux et de tous signes religieux ostentatoires. Leurs motifs étaient clairs, souvent explicités : l’école pour tous exigeait le respect de tous…. Aujourd’hui, c’est la diversité des convictions religieuses du personnel d’une institution publique neutre qu’il faudrait respecter,… le respect des convictions de l’enseignant a maintenant priorité sur le respect des convictions des élèves et des parents. Étrange conception de la neutralité des institutions publiques ! » Ce dernier n’est vraiment pas un xénophobe fasciste, mais un sociologue des plus mesuré et surtout respecté au Québec.

Claire Dumont, de la communauté des Filles de la Sagesse nous rappelait avec à propos comment nous avons tourné le dos aux signes religieux catholiques dans les années soixante. « Nous avons été obligées, en quelque sorte, de quitter l’habit religieux, de changer de style de vie parce que rejetées par une société qui ne tolérait plus le « religieux ». Elle poursuit sa réflexion : « …Faut-il pour le pays qui accueille accepter maintenant turban, voile, kirpan, burqa alors que l’on a choisi la mise de côté de nos signes religieux ? Nous avons enlevé le crucifix dans les écoles pour ne pas blesser les arrivants d’une autre confession et nous acceptons le voile. Où est la logique? » se demande-t-elle dans une lettre au Devoir du 2 octobre.

La France et plusieurs Lander allemands, ont adoptés la laïcisation de l’état sans que cela en fasse des états fascistes. Toutefois, la question demeure encore ouverte sur l’étendue d’une telle loi. S’agira-t-il des fonctionnaires en autorité comme les policiers, juges et quelques autres, ou à tous les fonctionnaires de l’état comme c’est proposé dans le projet actuel? Les enseignants ou les infirmiers (ères) sont-ils « en autorité »? Y aura-t-il des accommodements temporaires, des clauses grands-pères par exemple? N’oublions pas que nous avons l’avantage d’avoir un gouvernement minoritaire et qu’on peut donc s’attendre à ce que le résultat final constitue un compromis reflétant à peu près ce que la société québécoise pense en ce moment.

Je suis persuadée que les religions, leurs rites et rituels imposés, et surtout leurs autorités sont au centre des pires exactions et crimes commis. Que ce soit les chrétiens, les musulmans ou les juifs, on leur doit à un moment ou à un autre, la mort de milliers d’individus, la torture, l’esclavage et la guerre. Je honni donc le port de tout signe religieux pour un employé de l’état en position d’autorité. Je ne voudrais pas voir de policiers blancs porter la croix, exactement comme je n’aurais pas voulu voir de policiers m’arrêter en portant une croix gammée et pour les mêmes raisons. Maintenant, à savoir si cela concerne tous les employés de l’état, j’avoue ne pas avoir de certitude absolue et j’attends avec intérêt le compromis final qui sera fait sur cette question quand nos bons politiciens vont cesser de jouer au clown devant l’écran pour débattre mot par mot de cette loi.

 

Concernant le crucifix de l’assemblée nationale

Ce crucifix a été posé là en 1936 dans un geste de collusion entre une Église aux tendances fascisantes et un gouvernement qu’on ne cesse de qualifier de celui de la « grande noirceur ». L’époque était celle qui a vu naitre les grands régimes fascistes, ceux de Salazar, Franco, Mussolini dans des pays catholiques et le nazisme en Allemagne. Cette tendance a été très influente au Québec de l’époque. C’est donc à mon avis, d’une grande bêtise historique que d’avoir classé ce crucifix comme un instrument du patrimoine national, comme pourraient l’être l’église Bonsecours, l’Oratoire St-Joseph,  la croix du Mont-Royal, ou même une modeste croix de chemin comme on en trouve encore à la campagne. Ce crucifix est l’image même de l’obscurantisme dont nous avons tous à nous repentir, en commençant par l’Église et l’Assemblée nationale. J’étais donc de l’avis très assuré que celui-ci devait être décroché et replacé dans un lieu moins significatif.

Pour l’Église ce vote unanime du Parlement est fâcheux, car il désacralise l’objet comme si ce dernier se classait  au même rang qu’un vieux canot d’écorce ou l’épée de Montcalm. Que va donc faire ce même Parlement alors que l’Église elle-même demande qu’on le retire?

Ceci étant dit et quand on y réfléchi avec soin, on doit considérer que ce vote unanime en a fait, « de jure » un objet de patrimoine. Ce n’est donc pas comme certains le prétendent le symbole de « deux poids, deux mesures » que de le conserver. Les historiens reconnaitront ce fait dans quelques décennies alors que le débat à chaud aura fait place à la réflexion objective. Cela suffira-t-il à le laisser là où il est, rien n’est certain dans cette affaire.



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